Fruits Basket : pourquoi le remake de 2019 a tout changé

Fruits basket

(Attention : cet article contient des spoilers sur l’intégralité du remake 2019 et sur le film Prélude.)

J’avais douze ans quand j’ai découvert Fruits Basket pour la première fois. Je me souviens encore de cette impression étrange, ce mélange de légèreté et de quelque chose de plus lourd qui se glissait entre les scènes comiques. J’ai appelé mon rat gris Yuki en référence à l’œuvre, et Kyo a toujours été mon chouchou absolu (oui, je suis de celles-là). Des années plus tard, quand le remake 2019 a été annoncé, j’avoue que j’ai eu peur. La peur classique : et si on gâchait quelque chose qui avait bercé mon adolescence ? Spoiler : non seulement ils ne l’ont pas gâché, mais ils ont enfin donné à l’anime Fruits Basket la version qu’il méritait depuis le début.


Points à retenir

  • Fruits Basket est un manga shōjo de Natsuki Takaya, publié entre 1998 et 2006, édité en France par Kana. Le remake anime 2019 en 63 épisodes, produit par TMS Entertainment, en est l’adaptation complète et fidèle.
  • L’anime de 2001 du Studio Deen n’adaptait que les premiers volumes du manga et s’était terminé sans résolution, avec un ending original que Takaya elle-même n’appréciait pas.
  • Le remake 2019 a été supervisé directement par Natsuki Takaya, ce qui lui a permis de couvrir l’intégralité de l’histoire, y compris la révélation sur le genre d’Akito et la levée de la malédiction.
  • Le film Fruits Basket : Prélude (2022), disponible sur Crunchyroll, complète l’œuvre en racontant l’histoire des parents de Tohru, Kyoko et Katsuya.

Ce que l’anime de 2001 avait raté

Soyons honnêtes : l’anime de 2001 du studio Deen n’était pas mauvais. Il avait son charme, une OST culte avec l’opening For Fruits Basket qui est resté gravé dans des milliers de mémoires, et un côté comédie légère qui fonctionnait plutôt bien. Mais il avait un problème fondamental : il s’est arrêté en plein milieu de l’histoire, au moment où le manga de Natsuki Takaya n’était pas encore terminé. Résultat, l’équipe a inventé une fin originale que Takaya elle-même n’appréciait pas, et des pans entiers de l’œuvre n’ont jamais été animés.

Deux membres du zodiaque entier manquent à l’appel : Isuzu (la Cheval) et Kureno (le Coq), qui jouent tous les deux un rôle crucial dans la suite de l’histoire. Akito, le personnage central de toute la malédiction, est traité comme un antagoniste unidimensionnel sans backstory ni nuance. Et la vraie nature de Kyo, dans toute sa complexité et sa douleur, reste à peine effleurée.

La meilleure décision prise par TMS Entertainment pour le remake a été de suivre les demandes de Natsuki Takaya dans l’adaptation de son histoire. Après dix-huit ans d’attente, Takaya a donné son accord et supervisé chaque décision. Et ça se voit.

Fruits Basket 2001 VS 2019

Le remake 2019 : une autre dimension

La première chose qui frappe dans le remake, c’est la direction artistique. Les fonds sont élaborés et beaux, évoquant les émotions et installant l’ambiance d’une scène grâce à un éclairage soigné. On est très loin des couleurs ternes et des grands yeux légèrement inquiétants de 2001. Le style colle enfin au travail graphique de Takaya dans ses derniers volumes, plus doux, plus poétique.

Mais au-delà de l’esthétique, c’est la tonalité générale qui change tout. En se basant uniquement sur l’anime de 2001, il était facile de prendre Fruits Basket pour une simple série shōjo mignonne. Le remake va bien plus loin. Les moments comiques sont toujours là, mais ils ne servent plus de cache-misère : ils coexistent avec une noirceur assumée, des backstories déchirantes, et des personnages qui ont enfin le temps d’exister vraiment.

Kyo, Yuki et Tohru gagnent en histoire, en nuance et en évolution. Mais des personnages comme Ayame, Hatsuharu et Momiji deviennent aussi de vraies personnes, pas juste des archétypes comiques. C’est l’une des grandes forces du format en 63 épisodes : personne n’est sacrifié à la narration.

La malédiction du zodiaque, vraiment expliquée

C’est le lore que l’anime de 2001 avait à peine esquissé, et que le remake déploie dans toute sa complexité. Les membres de la famille Sohma sont maudits : douze d’entre eux se transforment en animaux du zodiaque chinois au contact d’une personne du sexe opposé qui n’est pas sous la malédiction. Un treizième, le Chat, est exclu du zodiaque et condamné à une existence encore plus douloureuse.

Ce qui rend ce système intéressant, c’est qu’Asano… pardon, Takaya, ne le traite pas comme un gadget fantastique rigolo. La malédiction est une cage. Dans le remake, le côté manipulateur de Shigure est pleinement assumé : il laisse Tohru vivre chez lui dans l’espoir qu’elle brise la malédiction des Sohma en tombant amoureuse de Kyo, le Chat, pour pouvoir avoir Akito pour lui-même. Tout le monde dans cette famille a des motivations complexes, et personne n’est vraiment innocent.

Et puis il y a Akito. Dans l’anime de 2001, Akito est un méchant sans fond. Dans le remake, on découvre qu’Akito est une femme, élevée comme un homme par une mère jalouse et possessive, convaincue d’être le « dieu » du zodiaque et terrifiée à l’idée que les liens qui la relient aux autres membres maudits se brisent un jour. C’est l’un des arcs les plus douloureux de toute la série, et l’un des plus beaux.

Akito et les signes du zodiaque chinois

Tohru est nunuche, et alors ?

Autant le dire tout de suite parce que c’est le reproche que tout le monde lui fait, y compris moi : Tohru Honda est une héroïne agaçante. Elle est gentille à l’excès, elle s’excuse pour tout, elle ne pense jamais à elle, elle incarne à peu près tous les tropes de la « bonne fille parfaite » du shōjo classique.

Sauf que le remake prend soin d’expliquer pourquoi. On apprend que la gentillesse de Tohru, jusqu’à sa façon de parler, est une imitation de son père. Elle mime son père parce qu’elle a peur de perdre sa mère Kyoko à cause du chagrin après sa mort. Ce n’est pas de la naïveté naturelle : c’est une armure construite sur un deuil jamais vraiment traversé. Ça ne la rend pas moins agaçante par moments, mais ça la rend humaine.

Kyo : le personnage qui méritait tout ça

Je ne vais pas faire semblant d’être neutre. Kyo Sohma est le meilleur personnage de Fruits Basket, et le remake lui rend enfin justice.

Dans l’anime de 2001, Kyo est le classique « garçon en colère qui crie fort ». Dans le remake, on comprend le pourquoi de chaque couche de cette colère. Il porte le poids d’être le Chat, l’exclu, celui que le zodiaque rejette. Il porte aussi la culpabilité d’un événement tragique lié à la mort de la mère de Tohru, un secret qui empoisonne toute sa relation avec elle. Sa véritable forme monstrueuse, celle que son bracelet de perles rouges et blanches retient, est au cœur de son arc narratif : ces perles, faites d’os humains et teintées de sang selon la légende familiale, sont censées contenir la bête en lui.

La relation entre Tohru et Kyo est le cœur émotionnel de l’œuvre. Pas parce qu’elle est parfaite, mais parce qu’elle est construite sur deux personnes qui apprennent à s’accepter elles-mêmes avant de s’accepter l’une l’autre. C’est plus intéressant que n’importe quelle romance shōjo standard.

La fin, et ce fameux film Prélude

(Spoilers pour la saison 3 et le film Prélude)

La saison 3 du remake va là où aucune version animée n’était allée avant : la levée progressive de la malédiction, un à un, chaque membre du zodiaque qui se libère. C’est à la fois libérateur et douloureux, parce que ces liens, aussi toxiques qu’ils étaient, étaient aussi tout ce que certains personnages avaient. La résolution entre Tohru et Kyo est exactement ce qu’elle devait être.

Et puis il y a Fruits Basket : Prélude, sorti en 2022, qui raconte l’histoire de Kyoko et Katsuya, les parents de Tohru. Alors soyons francs sur ce film : les premières vingt/trente minutes consistent à recycler des extraits de la fin de la saison 3, et c’est clairement du remplissage. Le consensus des fans est unanime là-dessus, et je le partage. C’est d’autant plus frustrant que l’histoire de Kyoko, elle, est magnifique. Une adolescente considérée comme « perdue » par la société, qui rencontre quelqu’un qui la voit vraiment. Le film aurait mérité d’être entièrement consacré à elle sans les vingt premières minutes de récap.

Mais une fois qu’on passe ce cap un peu laborieux, le film est touchant, et il boucle quelque chose d’important pour quiconque a suivi l’œuvre depuis le début.

Fruits Basket, un shōjo classique ou bien plus ?

Les deux, vraiment. Fruits Basket utilise tous les codes du shōjo : l’héroïne gentille entourée de garçons mystérieux, les transformations magiques, les romances qui se dessinent lentement. Natsuki Takaya ne prétend pas réinventer le genre.

Mais sous cette surface très codifiée, il y a une œuvre qui parle de trauma, de conditionnement familial, d’identité construite sur ce que les autres attendent de vous, et de ce que ça coûte de s’en libérer. Akito n’est pas qu’une antagoniste : elle est le produit d’une mère qui a détruit sa féminité pour en faire un dieu. Kyo n’est pas qu’un garçon en colère : il est quelqu’un qui a été défini comme un monstre depuis sa naissance et qui a fini par y croire. Tohru n’est pas que nunuche : elle s’est construite entière autour du deuil d’un père disparu trop tôt.

Yuki en rat, juste parce qu’il est trop kiki !

C’est pour ça que Fruits Basket tient encore vingt ans après sa première publication. Pas parce qu’il est révolutionnaire dans sa forme, mais parce qu’il est profondément honnête dans ce qu’il raconte.

Si l’univers des œuvres qui parlent de trauma et de famille vous touche, jetez un œil à mon article sur Bonne nuit Punpun : 13 tomes pour comprendre que vous n’allez pas bien.

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