J’ai voyagé un mois et demi au Vietnam sac au dos, sans jamais savoir la veille où je dormirais le lendemain. On dort dans des bus de nuit, on trouve un lit pour quelques euros sur place, on improvise. Ça marche. Le Japon, c’est entièrement un autre système, surtout si comme moi, vous avez le FOMO (peur de rater quelque chose de crucial).
Non pas que le Japon soit impraticable sans préparation. C’est un pays extraordinairement bien organisé, où beaucoup de choses se gèrent au quotidien avec une fluidité déconcertante. Mais certaines expériences, les meilleures, celles qui font basculer un séjour dans la catégorie inoubliable, se réservent des semaines, voire des mois à l’avance. Et si vous ne le faites pas, vous passerez simplement à côté. Pas de deuxième chance.
Voilà ce que j’ai réservé pour ce voyage d’un mois, et la logique derrière chaque décision.
Points à retenir
- Les ryokan et honkan de qualité, en particulier dans les villages thermaux comme Kinosaki Onsen, ont souvent moins de dix chambres et affichent complet plusieurs mois à l’avance : c’est la réservation la plus urgente de tout le voyage.
- Le musée Ghibli de Mitaka met ses billets en vente le 10 de chaque mois à 10h (heure locale) pour le mois suivant, et les créneaux du week-end partent en moins de dix minutes.
- Le JR Pass national n’est plus rentable depuis son augmentation, favorisez la réservation de JR Pass régionaux.
- Les temples, sanctuaires et la grande majorité des musées japonais n’exigent aucune réservation préalable : on arrive, on entre, on paye sur place (ou c’est gratuit !).
Les hébergements : tout n’est pas logé à la même enseigne
La règle générale au Japon est qu’on peut trouver un hébergement correct à peu près partout sans réserver très longtemps à l’avance, sauf en période de Golden Week (fin avril-début mai), de Obon (mi-août) et de feuillage automnal (koyo, novembre). Les hôtels de chaîne, les capsule hotels, les guest houses et les Airbnb dans les grandes villes se réservent sans stress deux à quatre semaines avant, parfois moins.
Mais il existe une catégorie d’hébergement qui joue dans un autre registre entièrement : les ryokan et honkan traditionnels de qualité. Ce sont des établissements qui ont souvent entre cinq et vingt chambres, qui servent un dîner kaiseki en plusieurs services aux résidents, et dont l’expérience complète (bain thermal, yukata, service attentionné, cuisine locale) n’a rien à voir avec un hôtel standard. Ces établissements sont pris d’assaut toute l’année par une clientèle japonaise et internationale qui les connaît bien.
Pour ce voyage, j’ai réservé plusieurs mois à l’avance : deux nuits d’hôtel à Tokyo à l’arrivée pour décompresser du vol, une nuit en capsule hotel à Kyoto pour l’expérience (et parce que ça coûte vraiment trois fois rien), une nuit de ryokan à Nara, un honkan aux étoiles Michelin à Kinosaki Onsen avec rotenburo dans la chambre (celui-là, j’ai sauté dessus dès que j’ai vu une disponibilité, parce que ce genre d’établissement n’attend pas). Et dix derniers jours en Airbnb à Tokyo pour avoir un vrai chez-moi en fin de séjour.
Le conseil concret : pour tout ce qui est ryokan ou honkan réputé dans un village thermal, réservez au minimum trois à six mois à l’avance. Les sites comme Booking.com, Jalan et Rakuten Travel permettent de réserver directement. Pour les établissements haut de gamme, le site officiel est souvent la seule option (ce qui a été le cas du honkan et du ryokan que j’ai tous deux réservés sur leur site officiel).
Les trains : oubliez le JR Pass national, pensez aux passes régionaux
Le réseau ferroviaire japonais est l’un des plus efficaces au monde, et la bonne nouvelle c’est qu’on n’a pas besoin de tout planifier à l’avance pour s’y déplacer. La plupart des trains se prennent sans réservation préalable : on arrive en gare, on paye et on monte.
La mauvaise nouvelle, c’est que le JR Pass national (ce pass vendu aux touristes étrangers donnant accès illimité au réseau Japan Railways sur tout l’archipel) a subi une hausse tarifaire importante en octobre 2023 qui a rendu son amortissement très difficile pour la majorité des itinéraires. Pour un voyage concentré sur le Kansai et quelques escapades, il est quasiment impossible de le rentabiliser. Je ne l’ai pas pris pour ce voyage.
Ce que j’ai choisi à la place : les passes régionaux JR West, bien moins chers et parfaitement adaptés à un itinéraire centré sur une zone géographique. J’ai pris deux passes complémentaires :
- le JR Kansai Wide Area Pass (5 jours), qui couvre les trajets entre Osaka, Kyoto, Nara, Kobe, Himeji, et jusqu’à Kinosaki Onsen au nord ;
- le JR Kansai Area Pass, aussi appelé Kansai Mini (3 jours), pour les jours de déplacement plus courts au cœur de la région.
Ces passes se réservent de préférence avant le départ depuis la France, en quelques minutes en ligne sur le site officiel JR West, ou via des revendeurs. On reçoit immédiatement un e-voucher par email, qu’on échange contre le pass physique à l’arrivée dans n’importe quel guichet JR de la zone couverte : Kyoto, Osaka, Kansai Airport, Kinosaki Onsen Station, Nara, Okayama. On peut techniquement acheter ces passes sur place au Japon, mais il n’y a aucune raison d’attendre, c’est une chose de moins à gérer dans le stress de l’arrivée. Avantage supplémentaire si on passe par le site officiel JR West : on peut aussi réserver ses sièges en ligne directement, sans passer par un guichet.
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Pour tout ce qui est transports urbains (métro, bus, tramway dans Tokyo, Osaka ou Kyoto) une carte IC rechargeable (Suica ou Pasmo) achetée à l’arrivée dans n’importe quel guichet suffit à tout gérer sans prise de tête.
Les musées et attractions : distinguer le rare de l’accessible
C’est peut-être le point le plus mal connu des voyageurs en première visite au Japon. L’immense majorité des musées, temples et sanctuaires japonais n’exigent aucune réservation préalable. Le Musée national de Tokyo, le Musée national d’art occidental à Ueno, le Musée d’art de Kyoto, Fushimi Inari, le Kinkaku-ji, Nara et ses daims : on arrive, on paye, on entre. Pas de billet en ligne, pas de créneau horaire, pas de stress.
Il existe cependant quelques exceptions notables qui demandent une anticipation sérieuse.
Le musée Ghibli à Mitaka est dans sa propre catégorie. Les billets sont nominatifs, se vendent uniquement en ligne via la plateforme Lawson (pour les visiteurs étrangers, via le site dédié Lawson Ticket), et sont mis en vente le 10 de chaque mois à 10h (heure japonaise) pour le mois suivant. Les créneaux du week-end partent en moins de dix minutes. Si vous souhaitez y aller, bloquez votre calendrier le 10 du mois qui précède votre visite et soyez connecté à 3h du matin heure française. Ce n’est pas une exagération.
teamLab Planets à Shin-Toyosu et teamLab Borderless à Azabudai Hills se réservent en ligne sur le site officiel ou via Klook, avec un créneau horaire. Les billets sont disponibles plusieurs semaines à l’avance mais partent vite pour les week-ends et les vacances scolaires japonaises. Réserver un à deux mois avant est raisonnable.
Le parc Ghibli à Nagakute (préfecture d’Aichi) fonctionne sur un système similaire au musée : billets limités, mise en vente mensuelle, sold out rapide sur les dates populaires.
Pour le reste, et c’est la bonne nouvelle, le Japon n’a pas encore transformé l’ensemble de son patrimoine culturel en expérience billettée à l’avance. On peut arriver spontanément dans la très grande majorité des lieux sans avoir rien préparé.
Les restaurants étoilés et les adresses prisées
Le Japon est l’un des pays avec la plus grande densité de restaurants étoilés Michelin au monde, Tokyo en tête de tous les classements depuis des années. Et certaines adresses se réservent des mois à l’avance, parfois uniquement en japonais, parfois uniquement par téléphone.
Si vous avez une table rêvée en tête, un omakase de sushi à dix places, une kaiseki dans un machiya de Kyoto, un yakitori de référence à Tokyo, renseignez-vous sur les modalités de réservation bien avant le départ. Des plateformes comme Tableall, Omakase, Pocket Concierge ou Tablecheck permettent de réserver en ligne certains restaurants haut de gamme avec une interface en anglais. Pour les adresses vraiment fermées aux étrangers ou fonctionnant sur recommandation uniquement, l’hôtel peut parfois jouer un rôle d’intermédiaire si vous séjournez dans un établissement de qualité.
Pour les izakaya, ramen, curry ou restaurants de quartier qui constituent la majorité des repas d’un voyage au Japon, aucune réservation n’est nécessaire. On fait la queue s’il le faut (les Japonais font la queue avec une patience remarquable), et on entre.
Ce qu’on peut laisser au hasard
Beaucoup de choses, en réalité. C’est ce qui fait que le Japon reste un pays où l’improvisation a sa place, même si elle se présente différemment qu’au Vietnam.
Les transports urbains (métro, bus, tram) se gèrent entièrement sur place avec une carte IC rechargeable (Suica ou Pasmo), achetée à l’arrivée dans n’importe quelle gare. Les excursions d’une journée depuis Tokyo ou Kyoto (Nikko, Hakone, Nara, Kamakura) se font sans réservation autre que le train. La plupart des marchés, festivals et événements de rue sont en accès libre. Les visites de temples et sanctuaires hors des circuits très touristiques n’attendent jamais.
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Et puis il y a ce que le Japon vous donnera sans prévenir : une ruelle de Gion le soir sous la pluie, un sanctuaire de quartier avec une vieille dame qui refait l’arrangement des chrysanthèmes, un ramen truck garé derrière une gare de province. Ces choses-là ne se réservent pas. Elles arrivent parce qu’on est là.
