Apprendre le japonais pour voyager au Japon : pas fluent, mais pas muet

Japonaise - Yosh

Je ne parle pas japonais. Pas vraiment. J’ai un vocabulaire de survie soigneusement constitué au fil des années dans un carnet que j’enrichis encore aujourd’hui, et une prononciation que je travaille avec une application sur mon téléphone. Est-ce que c’est suffisant pour voyager un mois au Japon ? Je pense que oui, largement. Est-ce que ça change l’expérience d’y mettre de l’effort plutôt que de tout déléguer à l’anglais ou à Google Translate ? Profondément.

Apprendre le japonais pour un voyage au Japon ne signifie pas viser la fluidité. Ça signifie arriver avec quelque chose dans les mains, une intention visible, un respect qui se traduit concrètement.

Points à retenir

  • Le Japon est l’un des pays développés où l’anglais est le moins parlé dans la vie courante : selon une étude EF English Proficiency Index 2023, le Japon se classe au 87e rang mondial sur 113 pays. Hors des grandes zones touristiques, l’anglais ne suffit pas toujours.
  • La plupart des panneaux, menus et indications dans les transports sont disponibles en anglais dans les grandes villes, ce qui rend le Japon navigable sans japonais. La vraie valeur de quelques mots de japonais est ailleurs : dans la relation humaine.
  • Des applications comme Memrise permettent d’avoir en poche un répertoire de vocabulaire et de phrases clés avec prononciation audio, utilisable en temps réel sur place sans connexion internet.

Le Japon est navigable sans maîtriser le japonais, mais ce n’est pas la vraie question

Soyons honnêtes d’emblée : on peut voyager au Japon sans parler un mot de japonais et s’en sortir très bien sur le plan logistique. Les grands aéroports, les gares principales, les hôtels internationaux, les zones touristiques de Tokyo, Kyoto ou Osaka fonctionnent avec une signalétique en anglais très complète. Google Maps comprend les adresses japonaises. Les menus avec photos sont omniprésents. La plupart des ryokan de qualité ont au moins une personne anglophone à l’accueil.

Mais réduire la question à « est-ce que je vais m’en sortir » rate complètement ce que le japonais peut apporter à un voyage. J’ai expérimenté ça en Turquie et au Cambodge : dès qu’on fait l’effort d’apprendre quelques mots de la langue locale, de les utiliser même maladroitement, quelque chose change dans les échanges. Les gens s’ouvrent différemment. Il y a une reconnaissance, parfois de la surprise, souvent du plaisir partagé. C’est exactement ce que je cherche au Japon.

Le Vietnam, c’était une autre histoire. J’ai passé un mois et demi là-bas sans que personne ne veuille vraiment m’apprendre à prononcer quoi que ce soit, sauf pour quelques mots culinaires basiques. L’anglais fonctionnait, les échanges étaient cordiaux, mais cette dimension d’apprentissage partagé était absente. J’en suis revenue un peu frustrée sur ce point. Le Japon, j’en attends quelque chose de différent.

Lire aussi : Préparer un voyage au Japon : je repars fin mai pour un mois

Le carnet de vocabulaire : l’outil le plus sous-estimé

Avant de parler d’applications, je veux défendre le carnet papier. J’ai le mien depuis plusieurs mois, que je fais évoluer en fonction de ce que je prévois de faire sur place. Ce n’est pas un carnet de grammaire, c’est un carnet de terrain.

Il est organisé par situation : les formules de politesse (sumimasen pour excusez-moi/s’il vous plaît, arigatou gozaimasu pour merci beaucoup, onegaishimasu pour je vous en prie/s’il vous plaît quand on formule une demande), les mots utiles dans un restaurant (comment appeler le serveur, comment demander l’addition, comment signaler une allergie), les mots pour les transports (station, sortie, combien de temps, le prochain train), les mots pour un onsen (serviette, vestiaire, l’heure de fermeture), quelques phrases de situation sociale basique.

Ce que le carnet fait que l’appli ne fait pas entièrement : il force à écrire, à choisir, à prioriser. Quand on note un mot à la main, on l’ancre différemment. Et sur place, sortir un carnet couvert de notes devant quelqu’un, c’est une invitation à la conversation que sortir un téléphone n’est pas.

La phonologie japonaise est en réalité assez accessible pour un francophone : les voyelles se prononcent comme en français (a, i, u, e, o), il n’y a pas de tons comme en chinois ou en vietnamien, et la structure syllabique est régulière. Ce qui déroute au début, c’est la longueur des voyelles (une voyelle longue change le sens du mot) et l’accent de hauteur, mais pour un niveau voyageur, ces subtilités ne bloquent pas la communication.

Lire aussi : Mon carnet de voyage Japon : comment je prépare ce retour

Memrise, Duolingo et les applis qui valent vraiment le coup

Il existe des dizaines d’applications pour apprendre le japonais, avec des approches très différentes. Voici ce que j’utilise et pourquoi.

Memrise est celle que je garde toujours installée, y compris sur place. Son atout principal pour un voyageur n’est pas d’enseigner la grammaire mais de permettre d’acquérir du vocabulaire et des phrases complètes avec prononciation audio native, dans des contextes concrets. Les modules « Japonais pour les voyageurs » incluent exactement le type de phrases dont on a besoin : commander un plat, demander le chemin, se présenter, exprimer une préférence. La fonctionnalité hors-ligne est précieuse : on peut y accéder sans connexion, dans le métro, dans un ryokan sans wifi performant, n’importe où.

Ce que j’aime particulièrement avec Memrise, c’est qu’on peut y revenir en situation. Pendant que j’attends devant un restaurant, je peux relire la phrase pour passer commande, l’entendre une fois, et aller la dire. C’est un filet de sécurité, pas un cours magistral.

Google Translate avec le mode appareil photo est une bouée de sauvetage pour les menus entièrement en japonais, les panneaux dans les zones rurales, les formulaires administratifs. On pointe la caméra, ça traduit en temps réel. C’est imparfait pour les nuances mais parfait pour la survie.

Google Maps mérite une mention particulière : il fonctionne avec les noms de lieux japonais, gère le réseau de transports en commun avec les horaires en temps réel, et indique les correspondances de métro avec une précision remarquable. C’est l’application la plus utilisée au quotidien dans un voyage au Japon, bien plus que n’importe quelle appli de langue.

Duolingo est utile pour une préparation avant le départ, notamment pour apprendre les hiragana et les katakana, les deux syllabaires de base du japonais. Les hiragana seuls ouvrent déjà beaucoup : on peut lire les menus phonétiquement, déchiffrer certains panneaux, comprendre la prononciation des mots qu’on cherche à retenir. En quelques semaines de pratique régulière, on les maîtrise.

Se forcer à parler : l’inconfort qui en vaut la peine

C’est la partie la plus difficile et la plus récompensante. Utiliser le japonais qu’on a appris sur place demande de s’exposer, de risquer la maladresse, de prononcer approximativement devant quelqu’un qui vous regarde.

Je vais me forcer à le faire systématiquement sur ce voyage. Passer commande en japonais même quand le menu est en anglais. Dire sumimasen pour appeler un serveur plutôt qu’agiter la main. Remercier avec le bon niveau de politesse selon le contexte. Demander le prix, l’heure, la direction, dans la langue du pays.

Ce n’est pas une performance. C’est une marque d’attention, et les Japonais y sont sensibles. Contrairement à ce qu’on imagine parfois, ils ne s’attendent pas à la perfection phonétique d’un étranger. Ce qu’ils remarquent et apprécient, c’est l’intention. Le fait qu’on ait pris le temps d’apprendre quelque chose, que ce n’est pas rien pour quelqu’un qui vient de l’autre bout du monde et qui s’est donné cette peine.

Les plus belles rencontres de voyage naissent souvent de ces petits moments de langue partagée. Un mot qu’on prononce mal et qu’on fait corriger. Un échange autour d’un plat dont on ne connaissait pas le nom. Une vendeuse qui s’anime parce qu’on a essayé de demander quelque chose dans sa langue plutôt que de pointer du doigt en silence.

Les phrases à avoir vraiment en tête avant de partir

Quelques incontournables, avec une translittération en rōmaji (alphabet latin) et leur prononciation approximative pour un francophone :

  • Sumimasen (sou-mi-ma-sén) : excuse-moi / s’il vous plaît pour attirer l’attention. C’est le mot le plus utile du voyage, de loin.
  • Arigatou gozaimasu (a-ri-ga-tô go-zaï-ma-ss) : merci beaucoup, forme polie. Dans un ryokan, à la sortie d’un restaurant, en prenant un ticket.
  • Kore wa nan desu ka ? (ko-ré wa nan dess ka) : qu’est-ce que c’est ? Pour les menus mystérieux.
  • Ikura desu ka ? (i-kou-ra dess ka) : combien ça coûte ?
  • Doko desu ka ? (do-ko dess ka) : où est-ce que c’est ? À compléter avec le nom du lieu.
  • Eigo wa hanasemasu ka ? (é-i-go wa ha-na-sé-mass ka) : est-ce que vous parlez anglais ? Pour les situations où la barrière de la langue est vraiment bloquante.
  • Oishii ! (o-i-chi) : c’est délicieux ! Un mot qui fait toujours plaisir dans un restaurant, et que les Japonais adorent entendre d’un étranger.
  • Kanpai ! (kan-paï) : tchin ! (santé !) Indispensable.
Un exemple de mon petit carnet de vocabulaire complété depuis 2018

Ce que le japonais dit de votre façon de voyager

Faire l’effort d’apprendre quelques mots de japonais avant un voyage au Japon, c’est un choix de positionnement. Ça dit qu’on est venu pour s’immerger, pas seulement pour observer. Que le pays dans lequel on entre mérite ce petit effort préalable.

Ce n’est pas une obligation, et personne ne vous jugera si vous ne le faites pas. Mais si vous me demandez ce qui distingue un bon voyage d’un voyage marquant, c’est souvent cette capacité à toucher la culture de l’intérieur, même brièvement, même maladroitement. La langue est le chemin le plus direct pour y arriver.

Mon carnet est presque prêt. Manque encore les mots pour les onsen, les termes de politesse dans un ryokan, et quelques phrases pour les marchés. Je vous dirai comment je m’en suis sortie !

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