Peu de séries m’ont happée aussi vite que The Naked Director. Je l’ai redécouverte pendant mon dernier périple au Japon, et je l’ai adorée : complètement dingue, remarquablement jouée, on entre dans l’histoire en un épisode. Derrière cette fresque déjantée sur le Tokyo des années 1970-80 se cache une histoire vraie, celle de Toru Muranishi, l’homme qui a bouleversé l’industrie du cinéma pour adultes au Japon. Voici les faits, les anecdotes de tournage et les lieux réels qui rendent la série si marquante.
Points à retenir
- The Naked Director (2019) est la toute première série japonaise originale de Netflix, réalisée par Masaharu Take et adaptée de la biographie de Nobuhiro Motohashi.
- La série retrace la vie réelle de Toru Muranishi, surnommé « l’empereur du porno », pionnier du hamedori (tournage en caméra subjective) et célèbre pour son slogan « 7 condamnations, 5 milliards de yens de dettes ».
- Muranishi a bâti puis ruiné Diamond Visual, dont le chiffre d’affaires a atteint 10 milliards de yens avant la faillite de 1992.
- Une partie du décor recrée un Kabukicho des années 1980 entièrement reconstitué, tandis que d’autres scènes ont été tournées dans le vrai quartier de Shinjuku.
The Naked Director, une histoire vraie née dans le Kabukicho des années 80

The Naked Director s’inspire de la vie de Toru Muranishi, né en 1948 dans la préfecture de Fukushima. Vendeur d’encyclopédies à Tokyo avant de basculer dans l’édition puis la vidéo pour adultes, il rejoint le studio Crystal-Eizou en 1984 et impose très vite sa méthode.
Sa marque de fabrique, c’est le hamedori (tournage en caméra subjective, POV), où le réalisateur filme lui-même l’action au lieu de rester derrière un trépied. Ce procédé lui vaut le surnom de « seigneur du hamedori » et redéfinit toute une industrie. En octobre 1986, il lance la carrière de Kaoru Kuroki, actrice à l’élocution soignée qui devient une figure de la libération sexuelle féminine à l’écran, jusqu’à sa retraite en 1994.
La censure, vrai personnage central de la série
L’un des grands sujets de The Naked Director, c’est la censure. Au Japon, l’article 175 du Code pénal, quasiment inchangé depuis 1907, interdit la diffusion de contenus jugés « obscènes ». De là vient la fameuse mosaïque (bokashi en japonais) qui floute les parties génitales, aujourd’hui mondialement connue, ainsi qu’une réglementation stricte : la nudité frontale et la pilosité pubienne resteront bannies des écrans jusqu’au milieu des années 1990.
C’est ce cadre que Muranishi passe son temps à défier. Son arrestation à Hawaï, en 1986, forme l’un des sommets de la série : la version dramatisée le montre risquant une peine ahurissante de 370 ans de prison. Un chiffre vertigineux, à prendre avec le recul de la fiction, mais qui résume bien l’audace du personnage.

Anecdotes de tournage et lieux réels : reconnaître Kabukicho
Pour recréer le Japon de la bulle économique, la production (Django Films) n’a pas lésiné : environ 100 millions de yens par épisode, un décor géant de Kabukicho reconstitué avec ses enseignes à néon, ses vendeurs iraniens de cartes téléphoniques et la silhouette du Shinjuku Tiger. Pour la saison 2, une portion entière de Shibuya a même été repeinte afin de retrouver le Tokyo des années 1990.
Mais tout n’est pas décor. En me baladant dans Kabukicho, j’ai tout de suite reconnu le bâtiment qui sert de bureaux dans la série : un hôtel/auberge de jeunesse recouvert de stickers au rez-de-chaussée et au sous-sol, avec une aura vraiment particulière dans le quartier. Ce mélange de vrais lieux et de reconstitution donne à The Naked Director une atmosphère d’une crédibilité rare. Si vous préparez un voyage, ces adresses valent le détour.


Je suis passée plusieurs fois devant ce bâtiment avant de réaliser une fois sur le trottoir d’en face que c’était bien le lieu de tournage. Lorsque j’ai pris ces photos, il y avait un événement musical à l’étage.
Pourquoi The Naked Director tient autant à ses acteurs

Si la série happe si vite, c’est aussi grâce à son casting. Takayuki Yamada campe un Muranishi habité, oscillant entre passion démente et froideur d’homme d’affaires. Misato Morita, dans le rôle de Kaoru Kuroki, livre une performance saluée par la critique. Face à eux, Shinnosuke Mitsushima incarne l’associé Toshi Arai et Jun Kunimura un chef yakuza.
Répartie sur deux saisons et seize épisodes (diffusés entre le 8 août 2019 et le 24 juin 2021), The Naked Director raconte en creux un Japon fascinant : celui des Yakuza, des néons de Shinjuku et d’un essor fulgurant des affaires en tout genre, ce Tokyo des années 1970-80 qui a fait rêver tant de générations.
Une plongée dingue dans le Japon de la bulle
Sulfureuse mais jamais complaisante, The Naked Director réussit un vrai tour de force : nous faire aimer un antihéros trouble tout en dressant le portrait d’une époque, entre censure, argent facile et pègre. C’est, pour moi, l’une des meilleures portes d’entrée vers le Tokyo des années 80. Vous avez vu la série ? Dites-moi en commentaire quel personnage vous a le plus marquée, et si vous aussi avez reconnu des coins de Kabukicho lors de votre séjour.
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