Tamagotchi : 100 millions d’œufs et 30 ans d’obsession

3 générations de Tamagotchi

J’ai grandi les yeux rivés sur les porte-clés des autres. Née dans les années 90, j’étais pile dans la cible quand le Tamagotchi a déferlé sur les cours de récré, et mes parents ont tranché : trop cher. En lot de consolation, j’ai eu droit à des Ani-Bip, ces imitations vendues comme « exactement pareilles » (spoiler : ce n’était pas pareil, haha).

Trente ans plus tard, je suis rentrée du Japon avec une petite collection sous le bras et une certitude un peu bête : cette bestiole n’a jamais été aussi vivante. Voici son histoire, ses générations et pourquoi l’œuf électronique de Bandai continue de nous attraper, moi la première.

Points à retenir

  • Le Tamagotchi est sorti au Japon le 23 novembre 1996, imaginé par Aki Maita et le studio WiZ (Akihiro Yokoi) pour Bandai.
  • Bandai Namco a annoncé en 2025 avoir dépassé les 100 millions d’unités expédiées dans le monde depuis 1996.
  • Le nom associe le japonais tamago (œuf) au mot anglais watch (montre).
  • En 1997, le phénomène a valu à ses créateurs un prix Ig Nobel d’économie, pour avoir « détourné des millions d’heures de travail vers l’élevage d’animaux virtuels ».
  • Le modèle le plus récent, le Tamagotchi Paradise (juillet 2025), pousse la gamification jusqu’à plus de 50 personnages répartis en 12 espèces.

Aux origines du Tamagotchi : un œuf né à Shibuya

Un Tamagotchi est un animal de compagnie virtuel logé dans un boîtier à écran LCD, qu’il faut nourrir, distraire, soigner et nettoyer sous peine de le voir dépérir. Le concept est né chez Bandai à l’initiative d’Aki Maita, avec le designer Akihiro Yokoi du studio WiZ, qui aurait eu l’idée d’un « animal de poche » après une pub montrant un enfant voulant emmener sa tortue partout.

À l’origine, la cible n’était pas les enfants mais les lycéennes. Les prototypes ont été testés auprès d’adolescentes du quartier de Shibuya, à Tokyo, avant que le jouet ne conquière absolument tout le monde. Le nom, lui, condense l’idée : tamago (œuf) et watch (montre), pour ce petit œuf qu’on porte sur soi.

Ce qui rendait la créature si prenante, c’était sa fragilité. La mort y était définitive, et gérer son sommeil ou ses crottes créait un attachement bien réel. Les personnages, d’abord croqués dans un style japonais volontairement « maladroit-mignon », étaient ensuite traduits en pixel art sur l’écran minuscule.

Un raz-de-marée mondial (et une belle gueule de bois)

Le succès a été immédiat et démesuré. Bandai écoule 400 000 unités au Japon dès la fin 1996, puis 4 millions en quatre mois. La sortie américaine, en mai 1997, transforme l’engouement en frénésie planétaire : on parle d’environ 40 millions d’exemplaires écoulés pour la seule première vague de 1996 à 1998, ruptures de stock et revente au marché noir comprises.

Le petit animal virtuel devient un vrai fait de société. Il est interdit dans quantité d’écoles au Japon, aux États-Unis et en Europe pour cause de distraction en classe, au point qu’un cimetière animalier anglais aurait organisé des « enterrements » de Tamagotchi. En 1997, Maita et Yokoi reçoivent même un prix Ig Nobel d’économie, distinction humoristique qui salue une inutilité assumée.

La chute a été aussi brutale que l’ascension. La mode s’effondre en 1998 et Bandai encaisse une perte d’environ 6 milliards de yens, plombé par la surproduction. Et pourtant, la bestiole a survécu à sa propre bulle : en 2025, Bandai Namco annonce avoir franchi les 100 millions d’unités expédiées dans le monde, et l’objet fait son entrée au World Video Game Hall of Fame.

Boites Tamagotchi Angel
Boite tamagotchi Friends Bleu

Des générations qui n’ont jamais cessé d’évoluer

L’histoire du tamagotchi se lit comme une petite archéologie de la technologie grand public, du LCD monochrome au Wi-Fi. Comprendre ses générations, c’est comprendre pourquoi un modèle de 1997 et un modèle de 2025 n’ont presque plus rien à voir, sauf l’essentiel : cet œuf dont on s’entiche.

3 générations de Tamagotchi

Les pionniers en noir et blanc (1996-1998)

Tout commence avec le P1 (novembre 1996) puis le P2 (février 1997), qui promet de « nouvelles espèces à découvrir ». Très vite, Bandai multiplie les déclinaisons de personnages. L’univers s’élargit avec des versions plus exotiques comme le modèle Ocean, réputé redoutable à cause de sa jauge de qualité de l’eau et de ses prédateurs.

C’est là qu’arrive un modèle que je possède en double : le Tamagotchi Angel (Tenshitchi no Tamagotchi, 1997 au Japon). Il joue sur l’idée d’un au-delà, avec des personnages « anges » et deux petites ailes peintes de part et d’autre de l’écran. Sa mécanique est unique : on tapote ou on secoue le boîtier pour chasser les chauves-souris et rappeler l’ange parti se balader. Voilà pourquoi « on tape sur le coin », c’est bel et bien voulu.

La renaissance connectée : Connexion et l’infrarouge (2004)

En 2004, le Tamagotchi Plus (baptisé Connexion en Europe et Connection ailleurs) relance la machine grâce à une nouveauté décisive : la connexion infrarouge. Deux appareils pouvaient enfin se « rencontrer », lier amitié et donner naissance à une descendance, ce qui a transformé un jouet solitaire en objet social.

Cette ère se décline en versions successives, de la V1 à la V6, avec boutiques, monnaie virtuelle, codes à saisir sur le site TamaTown, école et métiers. Elle culmine avec le Music Star (2008), dernier grand modèle en noir et blanc, où l’on montait un groupe de musique pour viser la célébrité. C’est justement un Connexion que j’ai chiné en brocante il y a quelques années, aujourd’hui rangé avec mes vieux jouets.

Le passage à la couleur et l’ère moderne

Le premier modèle en couleur, le Plus Color, sort en 2008 au Japon, suivi des iD, iD L et P’s, ce dernier acceptant des cartouches interchangeables pour ajouter personnages et décors. La couleur change tout : la petite créature gagne en expressivité et en gadgets.

À partir de 2013, la gamme se modernise à toute vitesse. Le Tamagotchi Friends mise sur le NFC (on entrechoque deux appareils pour interagir), le m!x (2016) introduit l’héritage génétique, les On et Meets (2018-2019) ajoutent le Bluetooth et un univers en ligne, le Pix (2021) intègre un appareil photo, et l’Uni (2023) embarque carrément le Wi-Fi et son monde connecté, le Tamaverse.

Tamagotchi Paradise Terre Rose
Tamagotchi Paradise Terre Rose
Tamagotchi Paradise Terre Rose
Tamagotchi Paradise Terre Rose avec porte clef Smiski

Mon petit musée personnel : Angel, Connexion, Friends et Paradise

Ma pièce préférée, c’est mon Tamagotchi Friends bleu. Sorti en 2013-2014, il pousse loin les interactions sociales de sa génération avec le fameux « bump » NFC entre copains. Je le trouve vraiment abouti et bien pensé, avec ce qu’il faut de mini-jeux et de personnages pour qu’on s’y attache sans s’ennuyer.

Tamagotchi Friends Bleu
Tamagotchi Friends Bleu

Mes deux Angel, eux, jouent la carte vintage assumée, avec leurs ailes et leur capteur de mouvement à secouer. Mon Connexion de brocante reste un joli témoin de 2004 et de l’arrivée de l’infrarouge, même s’il dort désormais dans une boîte. Et puis il y a ma dernière trouvaille, la plus déroutante.

Tamagotchi Angel Cake
Tamagotchi Angel Cake
Tamagotchi angel Flower Bouquet
Tamagotchi Angel Flower Bouquet

Mon Tamagotchi Paradise rose (la coque « Terre Rose ») m’a franchement scotchée par sa gamification. Sorti en juillet 2025, il propose plus de 50 personnages en 12 espèces, un système d’environnements, le Tama Field, qui influence la croissance, et un héritage génétique des yeux et de la couleur du corps. Sa molette-antenne permet même de zoomer sur l’écran, un détail que je n’attendais pas.

Tamagotchi Paradise Mini jeu
Tamagotchi Paradise Rose Terre

Le petit crève-cœur : le Paradise se connecte par contact physique entre deux appareils, un clin d’œil aux tout premiers modèles à reproduction. Autrement dit, avec un second exemplaire, j’aurais pu faire se rencontrer et se reproduire mes créatures. Je regrette de ne pas en avoir pris deux d’un coup…

Le Tamagotchi au Japon aujourd’hui : boutiques, corners et collabs

Ce qui m’a le plus surprise sur place, c’est de constater à quel point l’objet reste un pilier de la pop culture japonaise. En novembre 2025, la boutique officielle « Tamagotchi Factory! » a rouvert à Harajuku, au 3e étage du Tokyu Plaza Harakado. On y personnalise ses accessoires avec des écussons thermocollants et on remplit des flacons de mini-figurines, dans une ambiance d’usine à câlins.

Cette obsession de la personnalisation, je l’ai croisée un peu partout, jusqu’à ce corner de centre commercial dédié à la customisation de coques de téléphone et de bagagerie devant lequel je suis restée un moment. Le Tamagotchi baigne dans cette même culture du goodies décoré et de l’objet qu’on rend unique, ce qui explique en partie sa longévité auprès des nouvelles générations.

Porte clé Tamagotchi Japon
Tamagotchi Porte clé Guts by TMGC

La marque entretient enfin la flamme à coups de collaborations et de rééditions. La gamme miniature Nano multiplie les licences (Hello Kitty et Sanrio, Demon Slayer, Evangelion, l’Évoli de Pokémon, entre autres), tandis que Bandai réédite régulièrement les modèles d’origine, comme pour les 20 ans en 2017. Entre le vintage remis au goût du jour et les versions ultra-connectées, il y en a désormais pour tous les âges et tous les degrés de nostalgie.

Goodies Tamagotchi Japon
Goodies Tamagotchi Japon

Au fond, le Tamagotchi a réussi ce que peu de jouets des années 90 ont accompli : grandir avec nous sans se renier. Il est passé du gadget interdit en classe à l’objet culte rapporté d’un voyage au Japon, et il continue d’imposer sa petite tyrannie affective, une crotte à ramasser à la fois. Moi, en tout cas, je suis retombée dedans à trente ans passés.

Et vous, quel a été votre tout premier animal virtuel, vrai Tamagotchi ou pâle imitation façon Ani-Bip ? Racontez-moi ça en commentaire, et si ce plongeon nostalgique vous a plu, n’hésitez pas à me dire si vous voulez des articles tuto/mode d’emploi !

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *