One Piece sur Netflix : deux saisons plus tard, le verdict d’une fan de la première heure

One Piece Série Netflix

One Piece et moi, c’est une longue histoire. Le manga est sorti en 1997, j’ai grandi avec, et il a littéralement mon âge. Autant dire que quand Netflix a annoncé un live action, j’ai eu exactement la même réaction que beaucoup d’entre vous : une profonde méfiance mêlée d’un espoir un peu honteux. J’avais même rédigé, il y a une dizaine d’années sur la V1 du site, trois ou quatre gros articles d’analyse sur le manga, ses inspirations politiques, ses fondements narratifs, ses personnages. Des articles dont j’étais fière et qui ont disparu avec la refonte du site. Autant dire que One Piece, pour moi, c’est pas juste une série qu’on regarde distraitement un dimanche soir.

J’ai quand même mis du temps avant d’appuyer sur lecture. La peur que ce soit une catastrophe, comme tant d’adaptations live action de manga avant elle. Et puis j’ai regardé. Voilà ce que j’en pense.


Points à retenir

  • L’adaptation de One Piece sur Netflix est développée par Tomorrow Studios avec Eiichirō Oda comme producteur exécutif, ce qui a largement influencé la fidélité de l’adaptation.
  • Les deux saisons, chacune composée de 8 épisodes, ont été entièrement tournées au Cap, en Afrique du Sud. La saison 1 est sortie le 31 août 2023, la saison 2 le 10 mars 2026.
  • L’équipage principal est incarné par Iñaki Godoy (Luffy), Mackenyu Arata (Zoro), Emily Rudd (Nami), Taz Skylar (Sanji) et Jacob Romero Gibson (Usopp).
  • Une saison 3 est en tournage depuis novembre 2025, toujours au Cap, pour une diffusion prévue en 2027.

La série Netflix One Piece, qu’est-ce que c’est, concrètement ?

L’adaptation de One Piece sur Netflix est une série en prises de vues réelles du manga shōnen d’Eiichirō Oda, publié depuis 1997 dans le Weekly Shōnen Jump et édité en France par Glénat. La série est produite par Kaji Production, Tomorrow Studios et Shūeisha, avec un budget de 18 millions de dollars par épisode pour la première saison, ce qui en fait l’une des productions les plus chères de l’histoire de la télévision.

Ce qui a rassuré beaucoup de fans dès l’annonce, c’est l’implication directe d’Oda dans le projet. Il est producteur exécutif, et Netflix précise qu’Oda s’est lui-même rendu en Afrique du Sud pendant le tournage de la saison 2 pour rencontrer les acteurs. Ce n’est pas anodin : on se souvient tous des adaptations désastreuses produites dans le dos des auteurs originaux.

Le tournage de la saison 1, initialement prévu en 2020, a été retardé par la crise sanitaire. Il s’est finalement déroulé du 30 janvier au 25 août 2022, au Cap, en Afrique du Sud. La saison 2, intitulée Into the Grand Line, a suivi dans la même ville sous le nom de code « Project Renaissance », pour une diffusion le 10 mars 2026.

La saison 1 couvre la saga East Blue des tomes 1 à 11. La saison 2 adapte les arcs de Loguetown jusqu’à l’île de Drum, des tomes 11 à 17, avec l’arrivée tant attendue de Chopper.

Equipage, One Piece

Le problème fondamental du live action de manga

Avant de parler du casting, il faut adresser ce qui gêne tout le monde au début : voir cet univers en prises de vues réelles, ça fait un effet bizarre. One Piece est une œuvre pensée pour et par l’animation. Des personnages aux proportions impossibles, des pouvoirs qui défient toute physique, une esthétique qui carbure à l’exagération et à la couleur. Passer ça en chair et en os, c’est prendre un risque énorme.

Les premières minutes font un effet étrange, c’est inévitable. On voit Luffy étirer son bras en caoutchouc et quelque chose dans notre cerveau résiste. Ce n’est pas que les effets spéciaux soient mauvais. C’est juste que cet univers n’a pas été conçu pour exister dans notre réalité, et ça se ressent physiquement à l’image.

Mais on s’y fait. Assez vite, même. C’est là où la série marque des points : elle assume pleinement son côté décalé au lieu de chercher à le minimiser. Elle ne tente pas de rendre One Piece réaliste. Elle essaie de rendre la folie de One Piece compatible avec des acteurs en chair et en os. Et sur ce point, le résultat est bien meilleur qu’on ne l’espérait.

Luffy visage élastique

Le casting : le bon, le moins bon, et Zoro

Parlons du casting principal, parce que c’est lui qui fait ou défait ce genre d’adaptation.

Iñaki Godoy en Luffy est finalement assez convaincant. C’était loin d’être gagné : Luffy est un personnage qui repose énormément sur l’expressivité totale du visage et du corps, un registre qui passe naturellement en animation mais qui peut vite tourner au ridicule en prise de vues réelles. Godoy trouve un équilibre. Il est énergique sans être épuisant, naïf sans être idiot, et il porte bien cette candeur un peu hors du monde qui fait tout le charme du personnage.

Quant à Mackenyu en Zoro, c’est une vraie réussite (bon je dis un peu ça aussi parce que c’est mon crush). Il a clairement bossé le personnage en profondeur. Ses postures, sa façon de tenir ses sabres, ce regard mi-endormi mi-menaçant qui est la signature de Zoro, tout ça est là. On sent que l’acteur a étudié le manga, pas juste le rôle. C’est le genre de performance qui rassure sur la sincérité du projet.

Nami, incarnée par Emily Rudd, s’en sort aussi très bien. Elle gère la dualité du personnage, cette navigatrice pragmatique qui cache quelque chose de bien plus lourd, avec une justesse appréciable.

Usopp, joué par Jacob Romero Gibson, m’avait un peu déçue au premier abord. Sans son long nez de Pinocchio, signature visuelle absolue du personnage, quelque chose semblait manquer. Mais les deux saisons montrent qu’Usopp s’est trouvé l’interprète parfait en la personne de Jacob Romero. Le personnage est là, avec son mélange de couardise assumée et de bravoure sincère. La forme suit.

Sanji, en revanche, me laisse un peu sur ma faim. Taz Skylar est bon acteur, et il rend le personnage sympathique. Mais le Sanji du manga est une caricature ambulante : grand lourdo avec les femmes, sourcils en spirale, drama permanent. La série a volontairement gommé le côté le plus excessif du personnage, probablement pour des raisons de lisibilité moderne. C’est compréhensible. Mais on perd quelque chose dans la transaction. Et les sourcils en spirale, honnêtement, ça manque.

Zoro devant le Baratie

Ce que la saison 2 change

Si la saison 1 avait une mission de séduction, introduire l’univers et faire aimer les héros, la saison 2 montre enfin l’ampleur du monde imaginé par Eiichirō Oda. On quitte l’énergie contenue de East Blue pour entrer dans quelque chose de plus vaste, plus dangereux, plus mythique.

Presque chaque épisode de la saison 2 surpasse en termes d’action tout ce qui a été fait dans la première saison, et le potentiel de chacun des héros est exploité à son maximum. L’alchimie entre les cinq acteurs principaux, déjà solide en saison 1, s’est encore renforcée. On sent que ces gens se connaissent maintenant, et ça se voit à l’écran.

Les effets spéciaux, qui avaient été le point faible de la saison 1 en partie à cause des contraintes liées au Covid, sont globalement mieux maîtrisés. Ce n’est pas parfait, mais c’est crédible, et c’est déjà beaucoup.

Nami Luffy Zoro

La question qui me trotte dans la tête

One Piece sur Netflix, ça avance bien. Mais le manga approche de sa conclusion, Oda lui-même l’a annoncé. La série, elle, n’en est qu’à ses débuts. Deux saisons pour couvrir à peine les tomes 1 à 17, sur une œuvre qui en compte plus de cent. La saison 3 est déjà en tournage depuis novembre 2025, ce qui est une bonne nouvelle, mais le rythme actuel d’une saison tous les deux à trois ans soulève une question concrète : les acteurs auront quel âge quand ils arriveront à Marineford ? La logistique d’une telle entreprise est vertigineuse, et c’est peut-être le vrai défi de cette adaptation sur le long terme.

Luffy enfant et Shanks

Verdict sur la série One Piece

One Piece produit par Netflix est finalement une bonne surprise, et je dis ça en étant quelqu’un qui avait toutes les raisons d’être méfiante. La série ne cherche pas à être parfaite. Elle cherche à être fidèle à l’esprit de l’œuvre, à rendre justice à l’aventure, à la camaraderie, à ce sens de la liberté qui est l’ADN de One Piece depuis le premier chapitre. Et sur ce point, elle réussit bien plus souvent qu’elle n’échoue.

Est-ce que ça va vieillir ? Probablement, oui. Ce genre de production à effets spéciaux massifs a tendance à dater vite. Mais pour l’instant, et avec deux saisons derrière nous, c’est une des meilleures adaptations live action de manga qu’on ait vues à ce jour. Ce n’est pas rien.

Équipage série One Piece

Ces articles sur One Piece que j’avais écrits il y a dix ans me manquent un peu en rédigeant celui-ci. Analyse de l’œuvre en entier, de ses inspirations politiques, de ses fondements, de ses personnages, c’était de loin mon travail le plus long et celui auquel j’avais consacré le plus de temps. Comme le reste, il a disparu avec la V1 du site. Peut-être que la conclusion de l’histoire d’Oda, quand elle arrivera enfin, sera l’occasion de s’y remettre.

Dans un tout autre genre, vous pouvez aussi lire mon article sur l’adaptation de 2019 de Fruits Basket.

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