Peine de mort au Japon : histoire, système et débat actuel

Exécution peine de mort Japon

Alors que plus des deux tiers des pays du monde ont aboli la peine capitale en droit ou en pratique, le Japon reste l’un des rares États démocratiques industrialisés à continuer d’exécuter ses condamnés. La peine de mort au Japon soulève des questions juridiques, culturelles et éthiques qui dépassent largement les frontières de l’archipel.

Ce dossier vous propose un panorama complet : origines historiques, système actuel, affaires emblématiques et controverses internationales. L’objectif n’est ni de défendre ni de condamner cette pratique, mais de la rendre intelligible. Je vous invite à respecter cette même neutralité dans les commentaires.

Points à retenir

  • Le Japon est l’un des deux seuls États du G7 à pratiquer encore la peine capitale, par pendaison exclusivement, avec 105 condamnés dans le couloir de la mort au 28 juin 2025.
  • Iwao Hakamata, ancien boxeur professionnel, a été acquitté le 26 septembre 2024 après 46 ans dans le couloir de la mort, soit le record mondial de détention sous condamnation capitale.
  • Les condamnés sont prévenus de leur exécution quelques heures avant, et leurs familles sont généralement informées après les faits, selon Amnesty International.
  • D’après le sondage gouvernemental de mars 2025, 83,1% des Japonais considèrent la peine de mort comme « inévitable », un chiffre en hausse de 2,3 points par rapport à 2020.

Une longue histoire de châtiments capitaux

Le système judiciaire japonais se structure vers le IVᵉ siècle sous l’influence des codes chinois, avec des sanctions adaptées à la gravité des crimes. L’arrivée du bouddhisme, qui condamne le fait de retirer la vie, transforme progressivement le rapport à la mort judiciaire. Durant la période Heian (794-1185), la peine capitale est suspendue pendant 346 ans, de 810 à 1156.

Les guerres civiles de Genpei (1180-1185) mettent fin à cette parenthèse. Le Japon entre alors dans une longue ère de conflits où les exécutions reprennent et deviennent particulièrement brutales. Sous l’époque Kamakura (1185-1333), les condamnés peuvent être décapités, brûlés vifs, crucifiés ou exécutés par ébullition.

La période Muromachi (1336-1573) accentue la violence avec l’empalement, le démembrement et l’exposition publique des têtes. Sous l’époque Edo (1603-1868), le châtiment devient un instrument de maintien de l’ordre social. Il faut attendre le code pénal de 1871, sous l’ère Meiji, pour voir disparaître la plupart des supplices médiévaux.

« Ishidaki » est une forme de torture qui consiste à exercer une pression sur les jambes d’une personne alors qu’elle est agenouillée sur une « planche de torture » appelée « soroban », terme qui désigne également le « boulier ». – Source : 大百科事典 第二巻(1927年、平凡社発行)(Great Encyclopedia Vol.2 1927 Heibonsha)

Comment fonctionne la peine de mort au Japon aujourd’hui

La peine capitale subsiste aujourd’hui sous une seule forme : la pendaison par longue chute. Quatorze crimes sont théoriquement passibles de mort selon le code pénal, mais en pratique elle est presque exclusivement prononcée pour meurtres aggravés ou meurtres multiples.

Les condamnés sont détenus dans des conditions strictes : cellule individuelle, surveillance permanente, contacts extrêmement limités avec l’extérieur, et silence imposé dans certains centres de détention. L’attente peut durer des décennies. Certains détenus patientent depuis plus de 30 ou 40 ans.

L’aspect le plus controversé du système tient à la notification de l’exécution. Le condamné n’est averti que le matin même, quelques heures avant la pendaison. La famille et les avocats sont généralement informés une fois l’exécution accomplie. Selon Amnesty International, ce secret rend la peine particulièrement cruelle sur le plan psychologique.

L’ordre d’exécution doit être signé par le ministre de la Justice et appliqué dans les cinq jours ouvrés. Dans plusieurs centres de détention, les condamnés passent devant une statue de Kannon, déesse bouddhiste de la compassion. Plusieurs gardiens actionnent simultanément différents leviers (ou bontons) pour qu’aucun ne sache lequel a réellement ouvert la trappe.

Reproduction d’une chambre d’exécution de la Maison de détention de Tokyo – Source : Asanagi, CC0, via Wikimedia Commons 2024

Les affaires qui ont marqué le débat

L’affaire Sakae Menda est devenue un symbole. Arrêté en 1948, ce travailleur agricole avoue un double meurtre après plus de 80 heures d’interrogatoire sans sommeil. Condamné à mort en 1950, il passe 34 ans dans le couloir de la mort avant d’être innocenté en 1983 lors d’un nouveau procès. Son cas met au grand jour les dangers des aveux forcés.

Le cas le plus retentissant reste celui d’Iwao Hakamata, ancien boxeur professionnel arrêté en 1966 pour le meurtre de son employeur et de sa famille. Interrogé 240 heures sur vingt jours, battu et privé de sommeil, il avoue avant de se rétracter. Condamné à mort en 1968, il passe 46 ans dans le couloir de la mort. Libéré en 2014 après que des analyses ADN ont innocenté les vêtements ensanglantés présentés comme preuves, il est officiellement acquitté le 26 septembre 2024. Le tribunal de Shizuoka conclut que les preuves avaient été fabriquées par les enquêteurs.

La « justice des otages » sous le feu des critiques

Le Japon est régulièrement épinglé par les organisations internationales pour son système d’interrogatoire. Les suspects peuvent être détenus jusqu’à 23 jours sans inculpation, interrogés pendant de longues heures et privés de la présence de leur avocat durant les interrogatoires. Les aveux occupent une place centrale dans le système judiciaire japonais.

Cette pratique a valu au système nippon le surnom de « Hostage Justice », la justice des otages. Les critiques pointent une pression psychologique massive, des aveux obtenus par fatigue, et des procès-verbaux rédigés par les autorités plutôt qu’enregistrés intégralement. La Fédération japonaise des barreaux et plusieurs ONG demandent une réforme structurelle.

Centre de détention de Tokyo – Source : Higa4, CC0, via Wikimedia Commons

Le Japon face à l’opinion mondiale

Selon le sondage gouvernemental publié en février 2025, 83,1% des Japonais jugent la peine de mort « inévitable ». Les raisons invoquées sont la protection de la société, le soutien aux familles des victimes, et la peur des crimes extrêmes comme l’attentat au gaz sarin de la secte Aum en 1995. Le 27 juin 2025, Takahiro Shiraishi, condamné pour le meurtre de neuf personnes, est pendu à Tokyo. Il s’agit de la première exécution sous le gouvernement Ishiba et la première depuis juillet 2022, soit la plus longue pause depuis que le ministère de la Justice publie le nom des condamnés en 2007. Amnesty International, Human Rights Watch et l’ONU réclament un moratoire et une refonte du système. Le débat reste vif, et l’écart se creuse entre une opinion publique japonaise majoritairement favorable et une communauté internationale qui demande l’abolition.

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