Que regarder et lire avant un voyage au Japon : anime, films, dramas et livres pour se mettre dans l’ambiance

Collection de manga

Je pars au Japon dans quelques semaines pour un mois entier. Et comme beaucoup d’entre vous sans doute, j’ai préparé ce voyage depuis des années sans le savoir vraiment, à travers des écrans. Alors avant de faire mes valises, j’ai envie de vous parler des œuvres qui m’ont donné envie d’y aller, et surtout de celles qui permettent de le vivre différemment une fois sur place, parce qu’on connaît déjà certaines rues, certains parcs, certains escaliers.

Que regarder ou lire avant un voyage au Japon quand on est fan d’anime et de culture japonaise ? Voilà ma sélection, par œuvres et par lieux. Elle n’est pas exhaustive, elle est personnelle.

Points à retenir

  • Les films d’animation de Makoto Shinkai (Your Name, The Garden of Words) s’inspirent de lieux réels de Tokyo tous visitables, concentrés pour la plupart dans le quartier de Shinjuku.
  • L’escalier du sanctuaire Suga à Yotsuya, rendu célèbre par la scène finale de Your Name (君の名は, 2016), est accessible à pied depuis la station Yotsuya-Sanchōme en une dizaine de minutes.
  • Steins;Gate se déroule intégralement à Akihabara : le Radio Kaikan, le sanctuaire Yanagimori et le café maid Café Mai:lish existent tous en vrai et se visitent en une heure et demie à pied.
  • La série Tant que le café est encore chaud de Toshikazu Kawaguchi (cinq tomes publiés en France chez Albin Michel) et les romans de Murakami sont les meilleures introductions littéraires à l’atmosphère japonaise : le non-dit, la solitude tranquille, le poids du quotidien.

Les films d’animation de Makoto Shinkai : Tokyo à la précision du pixel

C’est le réalisateur incontournable si vous préparez un voyage à Tokyo. Makoto Shinkai construit ses films d’animation autour de lieux réels qu’il reproduit avec une précision documentaire. Chaque plan devient une promesse : vous pouvez aller vérifier en vrai.

Your Name (君の名は, Kimi no Na wa, 2016) est le point de départ évident. Ce long métrage, qui a dépassé Le Voyage de Chihiro à sa sortie pour devenir le film d’animation japonais le plus rentable de l’époque, raconte l’histoire de deux adolescents qui échangent leurs corps à travers le temps et l’espace. Tokyo y est dessinée comme un tableau, quartier après quartier. Les décors s’inspirent presque tous de Shinjuku et de ses alentours immédiats, ce qui en fait une petite journée de balade à pied cohérente. Le café où travaille Taki à mi-temps s’inspire du Café La Bohème, juste en face du parc Shinjuku Gyoen. La scène finale, la plus bouleversante du film, se passe sur les escaliers du sanctuaire Suga à Yotsuya, là où les destins de Taki et Mitsuha se croisent enfin.

The Garden of Words (言の葉の庭, Kotonoha no Niwa, 2013) est plus court (45 minutes), plus intime, et peut-être encore plus beau à regarder. Un lycéen passionné de cordonnerie et une femme mystérieuse se retrouvent chaque matin de pluie sous un pavillon de bois dans un grand parc de Tokyo. Ce parc, c’est le Shinjuku Gyoen, et je peux vous confirmer que la reconnaissance est immédiate quand on l’a visité avant de voir le film. J’y suis allée il y a huit ans, sans savoir que ce film existait. Quand je l’ai regardé ensuite chez moi, j’ai tout de suite reconnu le pavillon, l’angle des allées, la lumière particulière de l’endroit sous la pluie. C’est une expérience étrange et un peu magique. Le parc mêle trois styles distincts, jardin à la française, paysage à l’anglaise et jardin japonais traditionnel, et le film les reproduit tous les trois avec une fidélité confondante.

Je vous conseille de regarder ces deux films dans l’ordre chronologique. The Garden of Words d’abord pour comprendre le style de Shinkai dans sa forme la plus concentrée, Your Name ensuite pour l’ampleur émotionnelle. Si vous avez le temps, Weathering with You (天気の子, Tenki no Ko, 2019) complète bien le triptyque : Tokyo y est dessinée sous un déluge permanent, et plusieurs lieux comme le quartier de Shinjuku de nuit ou la gare de Yoyogi sont reconnaissables pour qui les a déjà traversés.

Steins;Gate : Akihabara comme vous ne l’imaginiez pas

Steins;Gate (シュタインズ・ゲート, 2011) est une série anime de science-fiction sur le voyage dans le temps, adaptée d’un visual novel de 5pb. et Nitroplus. Son protagoniste, Rintarō Okabe, est un étudiant qui se prend pour un savant fou et finit par découvrir comment envoyer des messages dans le passé depuis son laboratoire miteux au-dessus d’une boutique d’Akihabara. L’anime se déroule intégralement à Akihabara pendant l’été 2010, et la quasi-totalité des décors s’inspirent de lieux réels que l’on peut visiter en une heure et demie à pied depuis la station d’Akihabara.

Le Radio Kaikan, grand immeuble emblématique juste à la sortie de la gare, est le point de départ de toute l’histoire. Le café maid où travaille Mayuri s’inspire du Café Mai:lish, toujours en activité aujourd’hui. Le sanctuaire Yanagimori, petit sanctuaire discret d’Akihabara, a inspiré la demeure de Rukako. Si vous avez vu Steins;Gate, vous ne pourrez pas traverser Akihabara sans reconnaître les rues, les ponts, les coins de trottoir. C’est une expérience assez étrange et assez précieuse.

Akihabara est souvent réduite à ses enseignes criardes et ses magasins de figurines sur plusieurs étages, et elle est tout ça à la fois. Mais Steins;Gate lui donne une épaisseur de récit que les autres quartiers de Tokyo n’ont pas forcément pour un fan d’anime. On ne se balade plus dans un quartier, on se balade dans une world line.

Hana Yori Dango : le drama de toute une génération

Je l’avoue sans honte : je me suis revu Hana Yori Dango il y a peu, et j’avais encore les larmes aux yeux à la fin. Ce drama diffusé sur TBS en 2005, avec Matsumoto Jun d’Arashi dans le rôle de Domyōji et Oguri Shun dans celui de Hanazawa Rui, est l’adaptation live du manga shōjo de Yōko Kamio, publié en France chez Glénat en 37 volumes. Le titre est un jeu de mots sur le proverbe japonais hana yori dango (花より団子), littéralement « des boulettes de pâte de riz plutôt que des fleurs ». Tsukushi Makino, adolescente d’un milieu modeste envoyée dans un lycée pour enfants de riches, se retrouve dans le viseur des F4, quatuor de garçons tyranniques qui font la loi dans l’établissement.

Le drama a été tourné dans plusieurs lieux réels de Tokyo. Le plus connu est Yebisu Garden Place, la place chic du quartier d’Ebisu, où Domyōji attend Makino des heures sous la pluie lors de leur premier rendez-vous. Cette scène revient à chaque saison, et c’est aussi là que se tourne la scène finale du film de 2008. Le lycée Eitoku, décor de la majeure partie de l’histoire, a été tourné à l’université Seikei, dans le quartier de Musashino à l’ouest de Tokyo. Yebisu Garden Place est accessible facilement depuis la gare d’Ebisu, et la place est particulièrement belle le soir, illuminée.

Hana Yori Dango représente l’âge d’or des dramas japonais, cette période 2000-2010 où TBS et Fuji TV produisaient des séries avec des budgets conséquents, des acteurs devenus des icônes, et une influence culturelle qui s’est propagée dans toute l’Asie puis en Europe via les premiers forums de fansub. Il n’a pas vieilli parfaitement, mais il a vieilli avec une vraie personnalité.

Bonne Nuit Punpun : comprendre le Japon qui ne se montre pas

Bonne Nuit Punpun (おやすみプンプン, Oyasumi Punpun) d’Inio Asano, publié en France chez Kana en 13 volumes, n’est pas un voyage illustré au sens habituel du terme. Ce manga suit Punpun, un garçon représenté sous forme de gribouillage abstrait au milieu de personnages réalistes, à travers une enfance puis une adolescence très difficiles dans un Japon banal, étouffant, dessiné avec une précision presque documentaire. Il n’y a pas de lieux emblématiques à visiter, pas de pèlerinage balisé.

Ce qu’Asano offre, c’est une clé de lecture du Japon ordinaire : les petits appartements en béton des banlieues résidentielles, les supérettes ouvertes la nuit, les rues silencieuses du mercredi matin, les centres commerciaux vides en semaine. Le Japon que vous traverserez entre deux temples et deux musées. Lire Punpun avant de partir, c’est apprendre à regarder ce tissu urbain qui compose la majorité du voyage réel, celui qui se passe hors des spots touristiques et hors des listes d’incontournables. C’est une œuvre dense, parfois douloureuse, mais absolument indispensable si vous voulez comprendre une certaine mélancolie japonaise contemporaine.

Bonne nuit Punpun Métro

Des films live qui disent quelque chose de vrai

Une histoire de famille Film

Shoplifters (万引き家族, Manbiki Kazoku, Hirokazu Kore-eda, Palme d’or 2018) est probablement le film live japonais le plus important de la décennie écoulée. Il raconte une famille de fortune qui vit de petits larcins dans une maison délabrée de Tokyo, coincée entre des immeubles modernes. Kore-eda y filme un Japon pauvre, fragile, chaleureux malgré tout. Aucune adresse à visiter, mais une compréhension intime des marges sociales japonaises que les guides de voyage ne mentionnent jamais.

Midnight Diner (深夜食堂, Shinya Shokudō, série live à partir de 2009, également adaptée en anime) se passe entièrement dans un minuscule restaurant de Tokyo ouvert de minuit à sept heures du matin. Chaque épisode est l’histoire d’un plat et du client qui le commande. C’est une série courte, des épisodes de vingt minutes, et c’est l’une des meilleures introductions à la solitude urbaine japonaise, à la culture du izakaya (bar-restaurant informel japonais) et au rapport particulier que les Japonais entretiennent avec la nourriture. Le restaurant fictif s’inspire des ruelles de Golden Gai à Shinjuku, un quartier de minuscules bars qui mérite largement une soirée.

Rurouni Kenshin (るろうに剣心, 2012 et ses suites) si vous avez prévu de passer par Kyoto. La saga live du manga de Nobuhiro Watsuki (publié en France chez Glénat) a été tournée en partie dans les rues et les sanctuaires de Kyoto, et les scènes d’action y sont réalisées avec une qualité qui dépasse largement ce que l’on attend habituellement du genre. Elles vous donneront envie de voir Kyoto sous un autre angle que les temples bondés du mois d’avril.

Sur Lost in Translation : soyons honnêtes

Je le garde dans la liste parce que certains d’entre vous l’aiment, et parce que le Park Hyatt de Shinjuku où se déroule le film existe toujours avec son bar mythique au 52e étage. Mais soyons francs : Lost in Translation (Sofia Coppola, 2003) est une bouse intersidérale. On s’y ennuie à mourir, les personnages sont vides, les clichés sur le Japon s’accumulent avec une condescendance assez stupéfiante, et Sofia Coppola n’a de Coppola que le nom. La même année, j’avais revu Wasabi de Gérard Krawczyk avec Jean Reno, et c’est pareil : le Japon comme décor exotique pour Occidentaux en mal de dépaysement, pas comme un pays habité par des êtres humains complexes. Passez votre chemin sur ces deux-là, et montez quand même au bar du Park Hyatt parce que la vue sur Shinjuku la nuit, ça, c’est réel.

La littérature, pour habiter le Japon avant d’y arriver

Un petit apperçu de ma collection en littérature japonaise

Il y a un truc que les films et les séries ne font pas aussi bien que les livres : vous installer dans le rythme intérieur d’un pays. Le Japon de la littérature est souvent plus lent, plus silencieux, plus hors du temps que celui des écrans. Et c’est précisément ce qu’on ressent sur place, dans les moments entre deux attractions.

La série du Café Funiculi Funicula de Toshikazu Kawaguchi (publiée en France chez Albin Michel, cinq tomes à ce jour, à commencer par Tant que le café est encore chaud) est l’entrée en matière la plus douce qui soit. Kawaguchi est dramaturge de formation, et ça se sent dans la construction de ses textes : chaque tome est structuré en quatre récits distincts, quatre clients qui s’assoient à une table particulière d’un minuscule café de Tokyo et qui remontent dans le passé le temps d’une tasse de café, à condition de la finir avant qu’elle refroidisse. Les règles sont strictes et le présent ne changera jamais. Ce qui change, c’est la façon dont les personnages regardent ce qu’ils ont vécu.

Ce n’est pas de la grande littérature au sens formel du terme, et ce serait mentir que de prétendre le contraire. C’est répétitif par construction (la formule se réitère à chaque tome), parfois prévisible, souvent mélancolique avec une douceur un peu sucrée. Mais ce que Kawaguchi réussit parfaitement, c’est restituer une certaine atmosphère japonaise : l’intérieur d’un café en sous-sol, les habitués silencieux, la politesse des échanges, le poids du non-dit, la façon dont les Japonais portent leurs regrets sans les exhiber. Vous lirez ces livres dans le train, et quand vous descendrez dans une ruelle de Tokyo pour chercher un café au hasard, vous aurez l’impression de chercher le Funiculi Funicula.

Haruki Murakami est incontournable, et la question n’est pas tant de savoir si vous devez le lire avant de partir que de savoir par où commencer. Pour un voyage au Japon, je recommande deux entrées selon vos goûts. La Ballade de l’impossible (ノルウェイの森, Norwegian Wood, 1987, publié en France chez Belfond puis 10/18) est le roman le plus ancré dans un Tokyo réel et quotidien : les campus universitaires, les petits restaurants de quartier, les chambres d’étudiants, la Tokyo de la fin des années 1960. C’est mélancolique, très beau, et profondément humain. Si vous préférez le Murakami plus onirique, Kafka sur le rivage (海辺のカフカ, 2002, chez Belfond) vous emmène entre Tokyo et Takamatsu, dans une bibliothèque de Kōchi qui deviendra réelle dans votre tête quand vous traverserez Shikoku.

Ce qui est fascinant avec Murakami, c’est que ses romans ne décrivent pas le Japon comme un guide de voyage. Ils le supposent. Les personnages marchent dans des rues, mangent dans des bars, écoutent du jazz dans des appartements minuscules, sans jamais s’arrêter pour expliquer le contexte. Vous êtes dedans ou vous n’y êtes pas. Et quand vous atterrissez à Narita et que vous prenez le Narita Express vers Tokyo, vous avez l’impression que tout ça existait déjà quelque part dans votre mémoire.

Banana Yoshimoto est une autre voix essentielle, souvent sous-estimée parce qu’elle est jugée trop accessible. Kitchen (キッチン, 1988, publié en France chez Gallimard puis Folio) raconte l’histoire d’une jeune femme qui trouve du réconfort dans les cuisines après la mort de sa grand-mère. C’est court (deux récits dans un même volume), lumineux malgré le deuil, et c’est une des meilleures introductions au rapport japonais à la solitude, à la nourriture et à la résilience tranquille. Vous lirez Kitchen en deux heures dans un avion et vous penserez à ce livre chaque fois que vous mangerez seule au comptoir d’un restaurant japonais, ce qui arrivera.

Sōseki Natsume mérite une mention à part pour ceux qui veulent comprendre le Japon d’avant, celui qui se cherchait entre tradition et modernité au tournant du XXe siècle. Je suis un chat (吾輩は猫である, 1905-1906, chez Gallimard) raconte la vie d’un foyer bourgeois de Tokyo vu par un chat observateur et sarcastique. C’est à la fois drôle, mélancolique et étrangement moderne. Kokoro (こころ, 1914, chez Gallimard) est plus dense, plus douloureux, et pose des questions sur la loyauté, la culpabilité et la solitude qui n’ont pas pris une ride. Ces deux romans donnent accès à un Japon que vous ne verrez pas dans les rues de Tokyo mais qui infuse encore dans les comportements que vous observerez.

La littérature japonaise partage avec les meilleurs anime un sens particulier de la retenue. Ce qui n’est pas dit compte autant que ce qui est dit. Les personnages ne s’expliquent pas, ils agissent ou ils n’agissent pas. Comprendre ça à travers un roman, avant de partir, change la façon dont vous lirez les interactions sur place : le silence d’un commerçant, la politesse d’une réponse indirecte, la façon dont on vous dit non sans jamais prononcer le mot. La littérature japonaise vous donne le mode d’emploi sans jamais l’appeler ainsi.

Avant de partir : le carnet plutôt que la liste

Ce que je vous conseille de faire avec toutes ces œuvres, qu’elles soient sur un écran ou dans un livre, c’est de noter les adresses et les sensations au fur et à mesure. Pas les adresses de lieux uniquement, mais les atmosphères : la cuisine de Kitchen, le café en sous-sol de Kawaguchi, les rues nocturnes de Murakami. Non pas pour les transformer en cases à cocher, mais pour que certains endroits aient déjà une charge émotionnelle avant même que vous les voyiez. L’escalier du sanctuaire Suga sera différent si vous avez pleuré à la fin de Your Name. Le Radio Kaikan d’Akihabara aura une autre dimension si vous entendez encore la voix d’Okabe dans votre tête. Yebisu Garden Place sous la pluie aura une résonance particulière si vous avez vu Domyōji attendre là, immobile.

Lire aussi : Transports au Japon : le guide complet pour se déplacer

Le pèlerinage (聖地巡礼, seichi junrei) est une pratique bien ancrée dans la culture otaku japonaise, et vous serez en très bonne compagnie si vous le pratiquez. Ce n’est pas une façon enfantine de voyager. C’est une façon de superposer des couches de sens sur des lieux qui, sans ça, resteraient simplement beaux.

Et vous, quelles œuvres avez-vous regardé avant votre premier voyage au Japon ? Dites-moi en commentaire, je suis sincèrement curieuse de voir vos listes.

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *