Le tanuki au Japon : folklore, légendes et statuettes

Deux statuettes de tanuki

J’ai rapporté deux statuettes de mon dernier voyage au Japon, deux petits tanuki bedonnants que je m’apprête à offrir. Disons-le franchement : ce sont un peu les nains de jardin nippons, sauf que derrière leur sourire se cache un folklore autrement plus savoureux.

Ce chien viverrin, mi-animal mi-yōkai, est l’une des figures les plus farceuses de la culture japonaise. Je vous emmène découvrir ses légendes, son passage chez Ghibli, son rôle dans la société, et oui, l’histoire de ses fameux attributs.

Points à retenir

  • Le tanuki est un chien viverrin (Nyctereutes viverrinus) bien réel, devenu dans le folklore un yōkai farceur et métamorphe.
  • Ses testicules démesurés viennent des batteurs d’or, qui martelaient le métal dans de la peau de chien viverrin : un symbole de prospérité.
  • La statuette de Shigaraki réunit huit symboles porte-bonheur, le hassō engi, et trône devant commerces et restaurants pour attirer la fortune.
  • Le film Pompoko (Isao Takahata, studio Ghibli, 1994) place ces créatures au cœur d’une fable écologique.

Un animal bien réel derrière la créature légendaire

Avant d’être un personnage de contes, le tanuki est un véritable mammifère, le chien viverrin (Nyctereutes viverrinus). Malgré sa traduction anglaise en « raccoon dog », ce n’est ni un raton laveur ni un blaireau : génétiquement, il est plus proche du renard, et on le croise encore en lisière des villes japonaises.

Ce sourire pataud et cette démarche dodue ont nourri son double légendaire. Dans le folklore, l’animal devient le bake-danuki, un yōkai (créature surnaturelle) joueur et gourmand, cousin du renard kitsune mais bien moins menaçant que lui.

Métamorphose et malice : le folklore du tanuki

Le grand pouvoir de ces créatures, c’est la métamorphose. Une feuille posée sur la tête, et le bake-danuki prend n’importe quelle apparence : un humain, un objet, un paysage entier. La légende de Bunbuku Chagama raconte l’histoire d’un de ces farceurs changé en théière, vendu à un temple avant de reprendre vie au plus mauvais moment.

On lui prête aussi un tambour bien à lui. Selon les contes, il gonfle son ventre, ou ses testicules selon les versions, et le frappe en rythme : « pon poko pon ». Ce son a directement inspiré le titre du film de Ghibli.

Pompoko : Ghibli et les testicules magiques

Sorti en 1994, Pompoko (titre original Heisei Tanuki Gassen Ponpoko) est réalisé par Isao Takahata pour le studio Ghibli. Le film suit une communauté de chiens viverrins dont la forêt des collines de Tama, près de Tokyo, est rasée pour bâtir une ville nouvelle. Plus grand succès japonais au box-office cette année-là, il représenta même le pays aux Oscars.

Takahata reste fidèle au folklore, testicules compris : ses héros déploient leurs attributs en parachutes, en tapis ou en armes contre les bulldozers. Derrière la fantaisie, ce long métrage signe une vraie fable écologique sur la disparition des espaces naturels.

Pourquoi de si gros testicules ? L’histoire de l’or

Venons-en à la question que tout le monde se pose. Pourquoi des attributs aussi démesurés ? L’explication la plus citée est artisanale : les batteurs d’or enveloppaient le métal dans de la peau de tanuki pour le marteler en feuilles très fines, la peau résistant là où l’or s’étirait.

On disait qu’un petit grain d’or pouvait ainsi s’étendre jusqu’à la taille de huit tatamis. Or « kin no tama » (petite boule d’or) sonne exactement comme « kintama », les testicules en argot japonais. De ce jeu de mots est né un symbole de richesse qui s’étire et d’argent qui ne manque jamais. La blague cache donc un joli vœu de prospérité.

Deux statuettes de tanuki
Les deux statuettes de tanuki achetées au Japon comme souvenir à offrir

La statuette de tanuki, mascotte de la société japonaise

Statuette de tanuki jardin

Si vous avez déjà poussé la porte d’un restaurant japonais, vous avez croisé l’une de ces figurines ventrues. La plus célèbre vient de Shigaraki, dans la préfecture de Shiga, l’un des six fours historiques du Japon. Sa forme moderne est attribuée au potier Tetsuzō Fujiwara, vers 1900, et elle s’est diffusée dans tout le pays après la visite de l’empereur Shōwa en 1951.

Placée devant les commerces et les izakaya (bars-restaurants populaires), elle attire chance et prospérité. Le mot y aide : « ta-nuki » évoque « ta wo nuku », surpasser les autres, présage idéal pour les affaires. Tout se lit dans le hassō engi, les huit symboles porte-bonheur : chapeau de paille (protection), grands yeux (discernement), bouteille de saké (vertu), gros ventre (sang-froid), queue touffue (stabilité), billet à ordre (confiance), sourire (convivialité) et, bien sûr, bourse bien garnie (la fortune).

En offrir, c’est offrir un morceau de folklore

De simple chien viverrin à mascotte porte-bonheur, le tanuki résume le génie japonais pour mêler nature, humour et spiritualité du quotidien. Mes deux statuettes ne sont donc pas de banals souvenirs kitsch (bon si un peu quand même), mais de petits concentrés de légende que je raconterai en les offrant.

Lire aussi – Souvenirs Japon : que rapporter, pour qui et à quel prix

Et vous, avez-vous déjà ramené une de ces bestioles bedonnantes de vos valises ? Racontez-moi en commentaire. Et si l’envie de Japon vous reprend, jetez un œil à mon article sur le budget à prévoir pour son voyage et ma checklist voyage Japon : ce qu’il faut régler avant de partir.

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